Au début des années 1990, le
Québec s'enfonce dans la plus sévère
récession économique depuis les années
1930. Dans ce contexte de panique, un mode de vie
longtemps marginal refait surface: le travail autonome.
Tout
un discours encourage l'engouement pour le travail
en solo. Nous vivrons bientôt dans une société
"désalarisée" constituée
d'"entreprises individuelles" ambitieuses
et compétitives, prédisent des universitaires,
des spécialistes de l'entrepreneurship, les
ministères à vocation économique
et le milieu des affaires. Les travailleurs autonomes,
qui "créent leur propre emploi",
seraient plus "responsables", "créatifs"
et "productifs" que les salariés.
Une évolution "naturelle", synonyme
de "liberté".
Le
travail autonome est parfois une stratégie
de choix pour une personne. Toutefois, il est impossible
de résoudre des problèmes collectifs
comme le chômage et la pauvreté à
l'aide d'une solution individuelle. La renaissance
de ce phénomène n'est pas due à
une soudaine passion de tout un peuple pour l'entrepreneurship,
mais plutôt à des régressions,
surtout la déresponsabilisation des employeurs
envers la main-d'uvre.
Après
une décennie, le phénomène montre
son vrai visage: une réaction de survie face
à la pénurie d'emplois de qualité.
La pauvreté, la dépendance et une faible
protection sociale affligent la majorité des
autonomes, qui n'ont souvent pas choisi ce statut.
Simples pions sur l'échiquier du néolibéralisme,
nombre d'entre eux forment une réserve de main-d'uvre
bon marché. "Devenez votre propre patron",
qu'ils disaient...
Journaliste
depuis 1994, le plus souvent pigiste à domicile,
Jean-Sébastien Marsan a publié plusieurs
articles sur le travail autonome et l'emploi, notamment
dans les magazines L'autonome, Jobboom et
Recto Verso.
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE I Six mythes, six réalités
CHAPITRE II L’insaisissable nature du travailleur
autonome
Charlotte, traductrice: "La pige, ce n’est
pas dans ma nature"
CHAPITRE III Radiographie du travail autonome
Une journée dans la vie de Christine Chenard,
couturière
CHAPITRE IV La culture du travail des autonomes:
Je-me-moi inc.
Louis-Jacques Filion, de l’École des
HEC: "Le travail autonome est un pas de plus
vers la pratique de la liberté en société"
CHAPITRE V Le discours entrepreneurial: "Quand
on veut, on peut"
Le Groupe Entreprendre: "Écarter l’ensemble
des barrières au développement des
micro-entreprises"
CHAPITRE VI Travail précaire, vie incertaine
Geneviève, photographe et graphiste: "Je
n’ai rien devant moi"
CHAPITRE VII Créer un rapport de forces
CONCLUSION De l’autonomie à la solidarité