La récente
crise alimentaire a mis en évidence les effets
dévastateurs d'une politique de libre-échange
appliquée à l'agriculture. Dans La Vía
Campesina. Une réponse paysanne à la
crise alimentaire, Annette Desmarais démontre
de façon éloquente les échecs
et les dangers d'une agriculture industrielle globalisée
et comment, devant cette impasse, le mouvement La
Vía Campesina est un véritable espoir,
un modèle d’agriculture viable.
Les dernières décennies ont été
marquées par une transformation de l'agriculture
au niveau mondial, basée sur la modernisation,
l'industrialisation, la monoculture, le productivisme
et la libéralisation des marchés ; des
remèdes censés résorber la pauvreté
et la faim dans le monde.
Force est de constater que c'est l'inverse qui s'est
produit. Pourtant, l'OMC persiste aveuglément
à promouvoir le libre accès au marché
national appliqués l’agriculture.
La mutation du monde agricole a permis à des
firmes transnationales agroalimentaires d'acquérir
un pouvoir surdimensionné qui rime avec disparition
de la biodiversité, appauvrissement des agriculteurs,
malnutrition, abandon des terres et désastres
environnementaux. La toxicité de l’empire
Monsanto en est un exemple probant.
C'est dans ce contexte qu'en 1992, des organisations
paysannes unissent leur force pour défier les
puissances internationales du secteur agroalimentaire
et créent La Vía Campesina (la voie
paysanne). La Vía Campesina est un rassemblement
international de différentes organisations
agricoles qui, aux quatre coins du globe, partagent
leurs préoccupations, leurs problématiques
et leurs revendications pour redonner aux paysans
une voix commune.
Annette Desmarais
décrit et analyse la construction de cette
force politique qui bâtit l'unité dans
la diversité, construit des ponts entre les
différentes réalités tout en
respectant la particularité de chaque communauté.
Ce mouvement travaille à établir un
terrain commun qui met fin à la division Nord/Sud
et introduit une nouvelle culture politique, basée
sur la justice sociale et sur la démocratie
participative.
Ses revendications sont axées sur la souveraineté
alimentaire, l'accès démocratique aux
ressources (l'eau, la terre, les semences), le refus
de la privatisation du vivant et la reconnaissance
de l’identité paysanne. Mais la souveraineté
alimentaire reste l’enjeu central de ce mouvement.
Elle met de l'avant le droit de chaque nation de produire
des aliments de base et de choisir sa politique agricole
; elle prône une agriculture vivrière,
des prix décents, un arrêt du processus
d'industrialisation des modes de production pour qu'émerge
une agriculture durable qui subvient aux besoins alimentaires
de tous. En une décennie, La Vía Campesina
est devenue la référence incontournable
pour représenter les paysans au sein des mouvements
altermondialistes. Elle est de tous les forums sociaux
mondiaux et se rend à toutes les négociations
et tous les sommets sur l'agriculture afin de clamer
les revendications des paysans.
Il nous revient, paysans et citoyens, d’accompagner
ce mouvement pour imposer des choix de vie qui placent
à nouveau la personne au cœur des préoccupations
sociales, écologiques et économiques.
José Bové
Annette
Desmarais a travaillé pendant de nombreuses
années dans sa ferme en Saskatchewan. Avec
un doctorat en géographie, elle enseigne aujourd'hui
à l'université de Regina, dans le Department
of Justice Studies. Elle travaille avec La Vía
Campesina depuis la naissance du mouvement.
TABLE
DES MATIÈRES
Glossaire
CHAPITRE
I - « Où sont donc passés les
paysans ? »
Vía Campesina : une force montante
Les mouvements paysans vus de l’intérieur
Vía Campesina et la société civile
Bâtir l’unité dans la diversité
La souveraineté alimentaire : tradition et
modernité
CHAPITRE
II - Les effets de la modernisation
et la mondialisation de l’agriculture
La modernisation de l’agriculture
La mondialisation de l’agriculture moderniste
L’agriculture et la biotechnologie
Les agents et les gagnants de la globalisation
Les répercussions de la mondialisation de l’agriculture
À la recherche d’un autre modèle
de développement
CHAPITRE
III - Le mouvement paysan se mondialise
Les « gens de la terre » établissent
leur terrain d’entente
Les organisations agricoles nouent des liens internationaux
La voix des paysans s’internationalise
L’approche paternaliste des ONG
La naissance difficile de Vía Campesina
Le mouvement paysan se taille une place sur la scène
internationale
CHAPITRE
IV - Les paysans et l’OMC : deux visions de
l’agriculture
Des positions divergentes à l’égard
de l’OMC
Les politiques de l’OMC incitent les paysans
à se mobiliser
La résistance locale et nationale à
l’OMC
Différentes stratégies : participation
et mobilisation
Bâtir des alliances stratégiques avec
des ONG choisies
Les conflits de pouvoirs se poursuivent
CHAPITRE
V - Le subtil équilibre entre la réalité
locale et l’action mondiale
L’importance des organisations locales
et nationales
S’ancrer dans la réalité locale
L’UNORCA?: l’art de gérer la diversité
Les répercussions des querelles intestines
Le palier national n’échappe pas aux
tensions
Réalités locales et actions mondiales
Le 17 avril, Journée internationale de la lutte
paysannE
S’ancrer localement, agir mondialement
CHAPITRE
VI - Coopération, collaboration et communauté
Vía Campesina et l’égalité
des sexes
La Commission femmes se réunit à San
Salvador
Les femmes paysannes pour la souveraineté alimentaire
L’Atelier des femmes paysannes d’Asie
L’Assemblée internationale des femmes
Le combat pour l’égalité des sexes
se poursuit
Le palier régional : un maillon essentiel
« Organisons la lutte – Terre, Nourriture,
Dignité et Vie »
CHAPITRE
VII - Vía Campesina et la réhabilitation
du mot « paysan »
Un moment politique marquant
La réhabilitation du paysan
Mondialiser l’espoir
ANNEXE
A - Les organisations membres de la Vía Campesina
dans le monde
ANNEXE
B - Énoncé de position de La Vía
Campesina
sur l’égalité des sexes
Références bibliographiques.