Les nations obscures sortent de l’ombre : ce livre révèle la richesse des mondes occultés par l’histoire officielle et les médias dominants.
Eduardo Galeano
C’est le premier essai d’histoire politique qui traite en détail du tiers monde comme concept et comme projet. Un rappel des faits indispensable pour repenser l’histoire et construire aujourd’hui un programme politique viable.
Immanuel Wallerstein
Le Sud croule sous le poids de la dette. Ainsi assujetti et affaibli, le tiers monde dépérit. Mais au-delà de la globalisation et ses plans d’ajustement structurel, on oublie que les nouveaux États anti-coloniaux se sont efforcés de mettre en œuvre un projet politique qui souhaitait promouvoir la paix, la justice et le changement social. Un projet porté par les peuples libérés.
Comment ce rêve d’émancipation post-colonialiste s’est-il transformé en renouvellement cynique du mépris et de l’exploitation ? Quelles furent les dynamiques culturelles, sociales et politiques qui animaient la quête d’identité des pays du tiers monde ?
Traduit pour la première fois en français, Vijay Prashad nous raconte l’histoire du XXe siècle telle qu’on ne l’a jamais lue, du point de vue des pays du tiers monde. Il dresse un portrait complet de l’élan extraordinaire du tiers-mondisme, des écueils de ce projet et de sa mort dans les années 1990. De La Paz au Caire, en passant par Bruxelles, Abuja et Bandung, il nous fait connaître des pages d’histoires des nations obscures d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie, et de leurs figures politiques et intellectuelles. Les nations obscures ont revendiqué une place dans les affaires du monde et se sont opposées à toutes les formes d’impérialisme. Avec leur assassinat ont disparu la voix et la force politiques pour promouvoir l’abolition de la dette et défendre de réelles perspectives de développement pour le tiers monde. Qui, aujourd’hui, portera ces rêves de liberté, d’égalité et de paix ?
Vijay Prashad est auteur, éditorialiste et enseignant. Américain d’origine indienne, il est directeur des études internationales au Trinity College (Connecticut), et a également publié une douzaine de livres dont Karma of Brown Folk (2000) et Everybody Was Kung Fu Fighting (2001). The Darker Nations: A People’s History of the Third World, a été publié en version originale chez The New Press par Howard Zinn.
EXTRAIT :
Parmi les nations obscures, on dit que Paris a trahi deux fois. En 1801, Napoléon Bonaparte envoyait le général Leclerc écraser la Révolution haïtienne elle-même inspirée de la Révolution française. La France ne pouvait se permettre de libérer sa lucrative colonie de Saint-Domingue et refusait au peuple haïtien l’accès aux « droits de l’Homme » promus par les Lumières. Les Haïtiens triomphèrent néanmoins et Haïti fut la première colonie moderne à conquérir son indépendance. Peu après 1945, la France commit sa deuxième trahison : ravagée, récemment libérée par les Alliés, elle envoya son armée réprimer les peuples du Vietnam, des Antilles et d’Afrique qui étaient autrefois ses sujets coloniaux. Nombre de ces contrées avaient mobilisé des troupes afin de libérer la France ou plutôt l’Europe, mais sans rien obtenir pour leur peine et, se jouant d’elles, le gouvernement français tenta de conserver sa mainmise en les rebaptisant « territoires d’outre-mer ».
Affamés de liberté, ces peuples n’allaient pas se contenter d’un si maigre hors-d’oeuvre.
En 1955, Aimé Césaire, philosophe martiniquais et activiste communiste de l’époque, publiait son Discours sur le colonialisme. (…) Dans les premières pages du Discours, Césaire écrivit : « L’Europe est indéfendable », « l’acte d’accusation est proféré sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui, du fond de l’esclavage, s’érigent en juges ». Le colonisateur brutalisait encore les peuples du Vietnam, de Madagascar, d’Afrique de l’Ouest, des Antilles et d’ailleurs, mais les colonisés avaient désormais l’avantage. « Ils savent que leurs “maîtres” provisoires mentent, dit à l’époque Césaire. Donc que leurs maîtres sont faibles. »
TABLE DES MATIÈRES
Introduction
PREMIÈRE PARTIE - La quête
Paris – L’invention d’un concept
Bruxelles – La Ligue contre l’impérialisme, 1928
Bandung – La Conférence afro-asiatique, 1955
Le Caire – La Conférence des femmes afro-asiatiques, 1961
Buenos Aires – Imaginer une économie
Téhéran – Cultiver un imaginaire
Belgrade – La Conférence du Mouvement des non-alignés, 1961
La Havane – La Conférence tricontinentale, 1966
DEUXIÈME PARTIE - Écueils
Alger – Danger : État autoritaire
La Paz – Les affranchis des casernes
Bali – La mort des communistes
Tawang – Une sale guerre
Caracas – Le pétrole ou les excréments du diable
Arusha – Le socialisme à la hâte
TROISIÈME PARTIE - Assassinats
New Delhi – La notice nécrologique du tiers monde
Kingston – La globalisation pilotée par le FMI
Singapour – La tentation asiatique
La Mecque – Quand la culture se fait cruelle
Conclusion
Index